News Atelier de réflexion sur les conflits hommes-faune sauvage

En vue de concilier la préservation de la faune sauvage et le bien-être des populations, le Ministère des Eaux et Forêts (MINEF), en collaboration avec le Cabinet ENVAL, a organisé un atelier de réflexion sur les conflits homme-faune sauvage, le 19 février 2015, à la Résidence DIPPOKA, sise à Angré.

Source Direction de la Faune et des Ressources Cynégétiques/Ministère des Eaux et Forêts
Date de publication 20/05/2015
Contributeur Kognan Degrâce N'Da
Couverture géographique National,
Mots-clefs conflit, homme, faune sauvage,

L’objectif général de l’atelier est d’améliorer la gestion des conflits homme-faune. Ces objectifs spécifiques sont :

-          analyser les causes des conflits homme-faune ;

-          évaluer les impacts environnementaux et sociaux de ces conflits ;

-          identifier des probables solutions au problème.

L’atelier a enregistré la participation de 56 personnes dont le Conseiller du Président de la République, chargé de l’Environnement, du Développement Durable, des Eaux et Forêts et de l’Agriculture, le Conseiller Technique du Premier Ministre, chargé de l’Agriculture, des Ressources Animales, Halieutiques et des Eaux et Forêts, des Directeurs Généraux, Centraux et des Experts en matière de faune.

 

COMMUNICATIONS

La première et la quatrième communication ont été présentées par le Commandant MAILLY ZOUZOU Elvire Joëlle, Directeur de la Faune et des Ressources Cynégétiques. Dans la première communication, le Commandant MAILLY a résumé brièvement 16 cas de conflits homme-faune sauvage, impliquant six espèces animales : le chimpanzé, le rhinocéros, l’hippopotame, l’éléphant, le crocodile et le buffle. Ce résumé indique les lieux concernés, la période, le niveau des dégâts, les actions menées et les causes probables identifiés. Elle a terminé sa communication sur les conséquences de ces conflits qui sont :

-          au niveau de la population, des dégâts de cultures, des blessés, des morts d’hommes et de l’insécurité ;

-          au niveau de la faune sauvage, l’occupation de l’habitat, des déplacements saisonniers et des conflits sur les ressources alimentaires.

La deuxième communication a porté sur le conflit homme-éléphant apparu en 2011 dans la région de Daloa. Il s’agit d’un conflit impliquant sept éléphants sortis du Parc national de la Marahoué suite à l’occupation de celui-ci sur environ 70 % de sa superficie par les populations. Ce conflit a occasionné trois décès, quatre blessés et des destructions dans près de 200 exploitations agricoles. La solution trouvée à ce conflit a été de transférer ces éléphants dans le Parc national d’Azagny, en janvier 2014. Quatre de ces éléphants ont bien été transférés tandis que malheureusement 2 éléphants sont morts par noyade et par arrêt cardiaque lors de leur capture. Cependant, les éléphants transférés sont sortis du parc et sont actuellement dans le domaine rural de Sikensi. La Directrice a rassuré l’assistance qu’il est prévu de relocaliser ces éléphants en 2015, en collaboration avec l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR) et la Société de Développement des Forêts (SODEFOR), sur financement du budget de l’Etat. Elle a aussi relevé les difficultés liées aux dédommagements souhaités par les populations victimes.

La communication sur les principales causes des conflits homme-faune sauvage a été animée par le Docteur OUATTARA Souleymane du Cabinet ENVAL. Selon lui, cinq principaux facteurs favorisent ces conflits :

-          la perte et la fragmentation des habitats de la faune ;

-          le changement dans le mode de vie des hommes ;

-          les changements du comportement des animaux induits par l’homme ;

-          la négligence de l’homme ;

-          le manque de capacité locale pour le contrôle des dommages de la faune.

Ces facteurs ont entraîné la fragilisation des populations d'éléphants et partant de celle de toute la faune sauvage par la diminution des effectifs, la fragmentation des troupeaux et la réduction de leurs aires de répartition.

Selon le communicateur, les populations d’éléphants sont obligées de fuir leurs aires de répartition originelle sous la menace des agriculteurs et, maraudent dans le domaine rural où ils causent de nombreux dégâts et se refugient dans les îlots forestiers souvent proches des habitations humaines. Aujourd’hui, l’éléphant est menacé de disparition alors qu’il suscite des intérêts multiples aux plans socioculturel, écologique et économique.

La communication sur les impacts environnementaux et sociaux des conflits homme-faune sauvage a été présentée par le Docteur AKPATOU Bertin du Centre Suisse de Recherches Scientifiques. Les principaux impacts relevés par le Docteur sont :

-          la modification de la diversité biologique originelle, la pollution de l’environnement et du zonage des espaces conservés, en termes d’impacts environnementaux ;

-          la destruction des produits vivriers, l’attaque du bétail, l’atteinte à la vie des personnes (impacts directs), la réduction des revenus des agriculteurs, les difficultés d’accès aux ressources naturelles (impacts indirects), pour ce qui concerne les impacts sociaux.

Le Docteur AKPATOU a aussi résumé une étude de cas de conflit homme-faune sauvage autour de la Forêt des Marais Tanoé-Ehy au sud-est de la Côte d’Ivoire, faite par une étudiante de l’Université de Montpellier 2 de France. Selon lui, cette étude a démontré que le meilleur moyen de protection des cultures pour éviter les dégâts des animaux est l’entretien des cultures. Il a aussi fait remarquer les différences d’appréciation de l’ampleur des dégâts par les victimes et par des chercheurs, les victimes ayant tendance à surévaluer leurs pertes. Le Docteur a également attiré l’attention de l’auditoire sur le fait que les petits mammifères en particulier les rongeurs, peuvent causer plus de dommages aux paysans que les grands mammifères comme cela a été le cas dans cette étude. Il a donc souhaité que ceux-ci soient pris en compte dans les prochaines études sur les conflits homme-faune du ministère.

TRAVAUX EN COMMISSIONS ET LEUR RESTITUTION

Deux commissions ont été constituées et ont travaillé sur les thèmes suivants :

-          mesures d’évitement ou de réduction de l’avènement des conflits – proposition d’actions et de budget ;

-          mesures de gestion des cas de conflits avérés - propositions d’actions et de budget.

De la restitution des travaux des commissions, l’on retient que les causes et actions favorisant l’avènement des conflits homme-faune sauvage sont :

-          la destruction des habitats de la faune sauvage ;

-          le braconnage ;

-          l’insuffisance de ressources alimentaires pour la faune ;

-          la pression démographique;

-          l’augmentation de certaines populations animales ;

-          la transhumance ;

-          l’aménagement du territoire non basé sur un plan ;

-          l’exploitation forestière anarchique.

Au plan des mesures à prendre pour éviter ou atténuer l’avènement des conflits et pour gérer les conflits avérés, l’atelier a identifié les actions suivantes :

Mesures d’ordre législatives et réglementaires

-          la prise en compte, dans la révision de la loi sur la faune en cours, de la gestion des conflits homme-faune ;

-          le respect de l’interdiction d’occuper les espaces réservés et classés, notamment les forêts classées, les parcs et réserves en procédant notamment, au déplacement involontaire des populations installées sur ces terres ;

-          la création d’une commission interministérielle de gestion des conflits ;

-          le renforcement des capacités des gestionnaires de la faune ;

-          la répression des contrevenants ;

-          la création de sanctuaires pour les animaux sauvages ;

-          l’indemnisation des dégâts de cultures par les Ministères auprès du Premier Ministre, chargés du Budget et de l’Economie et des Finances après leur évaluation par le Ministère de l’Agriculture ;

-          la mise en œuvre effective des textes de lois.

Mesures d’ordre communautaire

-          la protection des cultures (palissade, clôtures électriques, piments, surveillance physique, huttes, épouvantails) ;

-          l’organisation de campagnes de sensibilisation des populations sur le respect de la faune ;

-          la mise en place d’équipes civiles spécialisées dans la prévention et la gestion des conflits homme-faune sauvage ;

-          la promotion d'une agriculture intensive et durable.

Mesures concernant l’utilisation des terres et l’aménagement du territoire

-          la rédaction, la diffusion et la mise en œuvre d’un plan d’aménagement du territoire ;

-          le respect des zonages (zones de cultures et habitats de la faune) ;

-          la restauration des habitats naturels réservés à la faune ;

-          le transfert des animaux menacés vers des zones sécurisées ;

-          l’établissement et le respect de couloirs de migration pour les animaux sauvages ;

-          la réalisation d’aménagements fauniques (cultures fourragères, points d’eau) à l’intérieur des zones réservées à la faune sauvage ;

-          la création des réserves naturelles volontaires dans les espaces d’intérêts fauniques.

Au titre des actions à entreprendre pour gérer les cas de conflits avérés, l’atelier propose les interventions suivantes :

-          diligenter une enquête de terrain ;

-          écarter le danger en mettant en œuvre les techniques d'éloignement ;

-          sensibiliser les populations ;

-          en cas d’échec de l’éloignement, déplacer les animaux à problème vers un habitat naturel où le problème n’est pas susceptible d’être déplacé ;

-          verser des réparations aux victimes sur la base de rapports d'enquêtes et de procès-verbaux.

Comme intervenants dans la prévention et la gestion des conflits homme-faune, l’atelier a fait la proposition suivante, en fixant les responsabilités de chaque partie prenante :

-          Gouvernement ;

-          Ministère d’Etat, Ministère du Plan et du Développement ;

-          Ministère d’Etat, Ministère de l'Intérieur et de la Sécurité ;

-          Ministère des Eaux et Forêts;

-          Ministère de l’Environnement, de la Salubrité Urbaine et du Développement Durable ;

-          Ministère de l’Agriculture ;

-          Ministère des Ressources Animales et Halieutiques ;

-          Ministère auprès du Premier Ministre, chargé de l'Economie et des Finances ;

-          Ministère auprès du Premier Ministre, chargé du Budget ;

-          Ministères techniques compétents ;

-          Assemblée Nationale ;

-          Collectivités territoriales ; 

-          Elus locaux;

-          Populations locales (Victimes) ;

-          Société de Développement des Forêts (SODEFOR);

-          Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR).

-          Organisations Non Gouvernementales (ONG).

Pour assurer le financement des actions en matière de prévention et de gestion des conflits, l’atelier a identifié quatre sources de financement :

1-      l’Etat de Côte d'Ivoire (la création d’une ligne budgétaire consacrée aux conflits homme-faune sauvage) ;

2-      les ONG ;

3-      les Collectivités territoriales ;

4-      les partenaires techniques et financiers.

Concernant la budgétisation des actions proposées, les deux commissions n’ont pas eu le temps et les informations nécessaires pour proposer des budgets.

Aux termes des échanges, nous retenons que les actions fortement recommandées par l’atelier sont les suivantes :

-          mettre en place un comité technique pour poursuivre la réflexion et évaluer le budget à solliciter dans le PTG ;

-          mettre en place un comité de suivi de la mise en œuvre des propositions d’actions de l’atelier ;

créer une structure spécialisée de gestion des conflits homme-faune sauvage.

Veuillez noter que cette information a expiré.