News Les inventaires des gaz à effet de serre: Quel intérêt pour la Côte d'Ivoire?

Source Lucien Manan DJA, Coordonnateur National du Projet
Date de publication 30/03/2009
Contributeur Armand Koidiane
Couverture géographique Côte d'Ivoire, national, régional, mondial
Mots-clefs Changemsnts Climatiques, gaz à effet de serre, atmosphère

Adoptée le 9 mai 1992 par les gouvernements du monde entier, la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) a été signée le 12 juin 1992 et ratifiée le 29 novembre 1994 par la Côte d'Ivoire. Elle est entrée en vigueur le 21 mars 1994.
L'objectif de cette Convention est de stabiliser les concentrations des gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Pour atteindre cet objectif, la communauté internationale doit avoir une connaissance assez précise de la quantité de ces gaz, émises à travers le monde par les activités humaines.
C'est pourquoi, la Convention prévoit que chaque Pays Partie fera, par le biais de la communication nationale à la Conférence des Parties, des rapports périodiques sur ses émissions par les sources et absorptions par les puits de gaz à effet de serre.
Réaliser des inventaires des gaz à effet de serre est donc une obligation pour notre pays. Mais, au delà du respect de ses engagements internationaux, la Côte d'Ivoire peut - elle tirer profit de tels inventaires ?
C'est la question à laquelle nous allons tenter de répondre en passant rapidement en revue les données nécessaires à ces inventaires en liaison avec le contexte et les priorités nationales.

Les secteurs concernés par les inventaires

Deux études importantes ont été réalisées en Côte d'Ivoire afin de faire la situation de la contribution du pays aux émissions globales de gaz à effet de serre. La première étude a été financée par le Gouvernement américain à travers le programme « US Country Studies Program », Achevée en 1997, cette étude avait pour année de référence 1990 et a permis de faire l'inventaire des gaz à effet de serre par les sources et puits basé sur les Lignes Directrices du Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'Evolution du Climat (GIEC) de 1995.
La deuxième étude a été financée par le Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM) et exécutée par l'entremise du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Elle a eu 1994 comme année de référence. En application de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, la Côte d'Ivoire a élaboré sa première Communication nationale et a donné lieu à sa publication en octobre 2000. L'un des résultats les plus importants de ce rapport a été l'établissement d'un inventaire national des émissions par les sources et des absorptions par les puits.
L'inventaire a concerné les principaux secteurs qui participent à l'émission ou à l'absorption des gaz à effet de serre dans notre pays : Agriculture / Elevage, Changement d'Affectation des Terres et Foresterie, Energie, Déchets, Procédés industriels, Solvants et Autres produits.

Les données d'activité et les facteurs d'émission

Selon la méthodologie mise au point par le Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'Evolution du Climat, la quantité d'un gaz à effet serre émise par une activité s'obtient en multipliant une donnée l'activité par un facteur d'émission.
Explicitons cela par un exemple : l'élevage des bovins est une activité qui produit (par la fermentation entérique) du méthane qui est un gaz à effet de serre. Pour connaître la quantité de méthane émise par les bovins en Côte d'Ivoire, il suffit de connaître :
  • l'effectif total des bovins en Côte d'Ivoire ;
  • la quantité de méthane émise en moyenne par chacun de ces bovins.
L'effectif des bovins est une donnée l'activité. La quantité moyenne de méthane émise par bovin est un facteur d'émission. La quantité de méthane émise par la fermentation entérique des bovins en Côte d'Ivoire est le produit de ces deux grandeurs.
Lors de l'inventaire initial, les experts ont utilisé les facteurs d'émission par défaut proposés par le GIEC. Quant aux données d'activité, elles sont multiples et variées. Le tableau ci-après les présente par secteur, en relation avec les institutions nationales qui les détiennent.

Secteur Agriculture / Elevage

Données  Institutions détentrices
 Elevage :
  • Têtes de bétail
  • Production de lait
  • Qualité des aliments
  • Direction de la Production Animale
  • ANADER
Riziculture :
  • Superficie (pluviale et inondée) ;
  • Quantité d'engrais ;
  • Quantité de riz produite.

 

  • PNR
  • ANADE
  • Brûlage dirigé des savanes ;
  • Brûlage des défrichements
  • UAA - CRE - Lamto
  • DPN
  • ANADER
  • DSDI
  • Brûlage sur place des résidus de récolte
  • Quantités brûlées (riz, palmier à huile, cocotier)
  • Biomasse agricole
  • PNR
  • PALMCI
  • PALMAFRIQUE
  • UAA - CRE - Lamto
  • SCB
  • CNRA
 Sols cultivés :
  • Quantité totale des pertilisants utilisés dans le pays


  • Direction des Statistiques Agricoles et de l'Informatique (DSI)
  • OCAB
  • STEPC
  • SCB
  • BNETD
  • ARCC
  • APROMAC
  • FENACOPACI
  •  UAA - CRE - Lamto
  • CNRA
  • ADRAO
  • SAPH

Secteur Changement d'Affectation des Terres et Forêts

Données  Institutions détentrices
  • Bois sur pied
  • Productivité annuelle
  • Superficie de reboisement
 SODEFOR
 Superficie des formations végétales CNTIG
Superficie des formations végétalesBNETD/CCT
Bois de grumes DISA / MINEEF
Bois de grumesDPIF / MINEEF
Superficie cultures arboricoles à caractère forestierDSDI / MNAGRA
Superficie des jachèresANADER
  • Accroissement annuel
  • Consommation globale du pays en bois énergie
  • Superficie forestière
DGEF (Direction Générale des
Eaux et Forêts)

Secteur Energie

DonnéesInstitutions détentrices
Consommation de gasoil pour la production d'électricité
  • CIE (Direction des mouvements d'Energie DME)
  • SIR ; Direction de l'Energie.
Consommation de combustibles solides et de gaz domestiqueINS
Nombre, catégorie et âge des véhicules circulant dans le paysMinistère des transports
Volume des produits pétroliers importés ou consommésINS ; Direction des Hydrocarbures ; Direction de l'Energie.

Secteur Déchets

 Données Institutions détentrices
 Déchets municipaux (quantité, composition) Ministère de la Ville et de la Salubrité
Déchets des abattoirsMinistère de la production animale
Déchets industriels (quantité, composition)Document de la Sodeci 2002 reconstitué
Nutrition humaine Ministère de la Santé

Secteur Procédés industriels

 Données Institutions détentrices
Revêtement de toiture Ministère de l'Economie et des Finances
Bitumage de chausséeSIR (entreprise) et SMB (entreprise)
Utilisation de dioxyde de carboneSOLIBRA (entreprise) et SIVOA (entreprise)
Fabrication de bièreSOLIBRA (entreprise)
Fabrication de boissons gazeuses
non alcoolisées
SOLIBRA (entreprise)
Café torréfiéMinistère de l'Économie et des Finances
SucreMinistère de l'Économie et des Finances
MargarinsesMinistère de l'Économie et des Finances
Biscuit Ministère de l'Économie et des Finances
PainMinistère de l'Économie et des Finances
Utilisation de SF6CIE (Compagnie Ivoirienne d'Électricité)

Amélioration de la qualité des inventaires et  priorités nationales

Améliorer la qualité des inventaires devient principalement (outre la formation des experts) à améliorer la qualité des données d'activité et celle des facteurs d'émission.
Travailler à mettre au point des facteurs d'émission propres à notre pays paraît éloigné de nos préoccupations immédiates. Cependant, cela peut être un moyen de renforcer les capacités de nos chercheurs et d'accroître nos connaissances relatives aux secteurs étudiés.
Au contraire, ce sont des données de base qui servent au diagnostic, à la programmation, aux prévisions, aux prises de décisions, etc. dans des domaines cruciaux de la vie du pays. Les améliorer en affinant les méthodes de collecte et en mettant en place un sytème d'archivage performant et facile d'accès, doivent être les soucis constants des entités qui les produisent ou qui en sont les dépositaires. De la fiabilité de ces données et de leur disponibilité dépendent la justesse des analyses des techniciens et la pertinence des choix des décideurs.

Les avantages liés à l'établissement d'inventaires

L'établissement d'inventaires de gaz à effet de serre permet certes de satisfaire aux obligations nationales de notification découlant de la CCNUCC mais cela apporte aussi au pays un certain nombre d'autres avantages, et constitue un outil qui permet entre autres de :

  • mesurer la qualité de l'engagement de la Côte d'Ivoire vis-à-vis de la CNUCC ;
  • disposer des informations sur les secteurs économiques qui permettent une planification et évaluation du développement économique du pays. Pour les secteurs de l'énergie, des déchets, de l'agriculture et de la foresterie, ces informations sont relatives par exemple à l'offre et à la demande finale des ressources naturelles (telles que terres cultivables, forêts, ressources énergétiques) et celles relatives à la demande et à la production industrielles ;
  • mieux planifier et orienter les politiques de développement en liaison avec les obligations de la Convention surtout dans ses aspects de durabilité ;
  • disposer d'autres informations pour faire face aux autres questions environnementales (telles que la qualité de l'air, l'utilisation des terres, la gestion des déchets) ;
  • Elaborer des indicateurs de gestion des terres appropriés. Par exemple, les changements de stocks de carbone sur les terres donnent une indication de la durabilité des ressources (des informations permettant d'identifier les activités qui réduisent ou accroissent le stock de carbone et qui, par suite, dégradent ou améliorent l'état des ressources) ;

    L'établissement d'inventaires plus précis permettra au pays de :
  • identifier les principales sources de GES et leurs puits avec plus de confiance et, en conséquence,
  • prendre des décisions de politique mieux informées et de formuler des mesures d'intervention plus appropriées.

Moyens et contraintes pour mener un inventaire des Gaz à Effet de Serre (GES)

Bien que la Côte d'Ivoire ait pu produire deux inventaires, l'aptitude du pays à établir par la suite des inventaires nationaux précis, fiables avec des données d'activités contenant moins d'incertitudes dépendra de l'amélioration d'un certain nombre de facteurs qui sont :

  • les données d'activités disponibles, éccessibles et précises, de même que les Facteurs d'émissions propres au pays ;
  • l'implication des structures de Recherche dans les questions liées aux inventaires de GES ;
  • L'application des procédures de contrôle et d'assurance qualité par les structures détentrices de ces données ;
  • la viabilité des ressources humaines, financières, logistiques et techniques dont a besoin l'organisme chargé des inventaires de GES.
  • la mise en place du système d'information sur les gaz à effet de serre à l'échelon national en vue de sensibiliser et d'informer les décideurs et les structures détentrices des données d'activités;
  • les types de conventions entre les structures détentrices de données d'activités et l'organisme chargé d'établir les inventaires de GES
  • la participation financière du pays aux coûts des inventaires
  • la disponibilité d'un local aménagé et approprié pouvant abriter toutes les commodités relatives à la cconduite normale d'un inventaire de GES, ainsi que de son archivage
  • la sensibilisation des décisionnaires à l'importance de l'établissement de capacité institutionnelle durable pour s'acquitter des engagements pris en vertu de la CCNUCC ;
  • la mise en place de système national conçu pour permettre l'amélioration et l'élaboration des inventaires ainsi ue leur actualisation périodique.

Prochaines étapes

Il convient d'envisager de diffuser les résultats de l'inventaire national des gaz à effet de serre à un public plus large, y compris les décideurs des secteurs public et privé, en vue d'encourager une participation élargie au processus d'inventaire (au-delà de l'équipe d'inventaire et de l'entité nationale).

Cette diffusion pourrait comprendre :

  • l'élaboration d'un rapport distinct sur l'inventaire national et/ou ;
  • un résumé analytique ou une rochure qui serait distribué au grand ublic. Il pourrait être utile également de distribuer un résumé analytique de l'inventaire aux décideurs au niveau des ministères ;
  • la tenue de réunions publiques en vue de diffuser ces rapports et de discuter des résultats. L'entité nationale
  • pourrait saisir cette occasion pour identifier des publics ciblés (par exemple une entité industrielle privée avec laquelle un partenariat pourrait être mis en place pour les prochains inventaires) ;
  • des ateliers organisés avec des entités industrielles privées et des établissements de recherche qui ont fourni des données et/ou examiné l'inventaire pourraient aussi être utiles, en particulier s'ils sont susceptibles de continuer à être des partenaires à l'avenir.

Conclusions

Il apparaît clairement que les inventaires des gaz à effet de serre, loin d'être déconnectés des préoccupations majeures du pays, s'inscrivent, tant par les secteurs visés que par les données recherchées, dans les priorités nationales.
Ils ne doivent pas être considérés uniquement sous l'angle d'une contrainte imposée par un engagement international, mais comme une opportunité à saisir pour mettre à jour nos données et combler les lacunes constatées.
La mise en synergie des institutions nationales productrices ou dépositaires de données autour de la problématique des Changements Climatiques pourrait, tout en assurant la perénité du sytème d'inventaire, minimiser les coûts. Mieux, lle faciliterait la circulation de l'information et favoriserait la recherche des mesures d'adaptation à la dégradation du climat (inondations, vagues de forte chaleur, érosion etc.) qui risquent de s'avérer vitales pour l'ensemble de la population ivoirienne.
Il est donc important que des mesures concrètes soient dès à présent prises dans ce sens pour la pérénnisation des activités d'inventaire dans le pays, qui de surcroît passe n'ecessairement par la mise en place d'une équipe bien formée et dotée de ressources suffisantes pour mener efficacement son travail.

Glossaire
(sigles et abréviations)
ADRAO  Association pour le Développement de la Riziculture en Afrique de l'Ouest
 ANADER Agence Nationale d'Appui au Développement Rural
APROMACAssociation des Producteurs et Manufacturiers de Caoutchouc naturel
BNETDBureau National d'Etude Technique et de Développement
BNETD / CCT BNETD - Centre de Cartographie et de Télédétection
CCNUCCConvention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
CIECompagnie Ivoirienne de l'Electricité
CNRA Centre National de Recherche Agronomique
CNTIG Comité National de Télédétection et d'Information Géographique
CRE Centre de Recherche Ecologique
DISA Direction de l'Informatique des Statistiques et des Archives
DPIFDirection de la Production et de l'Industrie Forestière
DPN Direction de la Protection de la Nature
DPP Direction de la Planification et de la Programmation
DR Domaine Rural
DSDI Direction de la Statistique et de l'Informatique
FENACOPACIFédération Nationale des Coopératives de Cote d'Ivoire
FRA Forest Resources Assessment
GFRA Global Forest Resources Assessment
GIEC Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat
IGT Institut de Géographie Tropicale
IGES Inventaire des Gaz à effet de Serre
INS Institut National de la Statistique
OCAB Organisation Centrale des Productions et Exportateurs d'Ananas-Banane
OIBT Organisation Internationale des Bois Tropicaux
PALMCI Société de Plantation du Palmier à Huile de Côte d'Ivoire
PALMAFRIQUE Société de Plantation de Palmier à huile d'Afrique
PNR Projet National Riz
RNA Recensement National Agricole
SAPHSociété Africaine de Plantation d'Hévéa
SCB Société de la Culture Bananière
SIG Système d'Information Géographique
SIR Société Ivoirienne de Raffinage
SIVOASociété Ivoirienne d'Air Liquide
SODEFOR Société de Développement et de gestion des forêts
SOLIBRA Société de Limonaderies et Brasseries d'Afrique
STEPC Société Tropicale d'Engrais et de Produits chimiques
UNFCCUnited Nations Framework on Climatic Change
UAA Université d'Abobo-Adjamé
UTCATFUtilisation des Terres, Changement d'Affectation des Terres et Foresterie



 

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